Textes et Fleurs

Ma première nuit à la belle étoile

La Bretagne, c’était un rêve d’ado, il a fallu que j’attende d’avoir une quarantaine d’années pour qu’il se réalise. Je n’avais jusqu’alors jamais dormi à la belle étoile, ni sur une plage, ni ailleurs, aussi cette nuit-là promettait-elle de concrétiser tous mes rêves : une nuit à la belle étoile, sur une plage et en Bretagne. Il faisait beau bien sûr, cela ne sentait pas le sable chaud, mais l’iode et par moments les algues séchées. Le sac de couchage installé, un ou deux duvets en plus en prévision car déjà alors j’avais toujours froid, et puis pour bien dormir, j’ai besoin de me fabriquer une genre de grotte-igloo,de laquelle n’émergent que ce qui sort des cagoules qu’on porte enfant : un bout de front, deux yeux, un nez et une bouche ; donc un simple sac de couchage ne me suffit pas. Comme j’aime bien me coucher propre, je pars avec mon gant, mon savon et ma serviette me laver dans la mer. Pour cela, j’avais attendu qu’il fasse nuit, oui, je sais, vous auriez préféré que j’écrivisse « qu’il fît nuit », mais au diable la concordance quand elle écorche les oreilles. Donc, me voilà partie telle une nymphette faire trempette (waouh, ça rime !!), je me lave plus ou moins car faire mousser un savon dans l’eau de mer n’est pas chose évidente, je me rince, j’en profite pour me baigner un petit coup, ah le bonheur de sentir l’eau glisser et s’insinuer tout partout, j’arrête là, mais je vous assure que la première fois, cela fait une sensation assez inattendue ; je sors enfin, me lave les dents à l’eau salée, autre sensation inattendue, mais nettement moins agréable, que ne faut-il pas faire par hygiène et je remonte enfin vers le lit. Je me verse  une bouteille d’eau douce sur le corps, histoire d’éviter d’avoir cette nuit la sensation désagréable de sel sur la peau. Et je rentre au chaud.

Entre temps les étoiles ont commencé à briller, c’est Broadway ! Puis ensuite la lune apparaît, mon dieu, ses reflets à la surface de l’eau, bon je dormirai plus tard, pour l’instant j’ai à faire : me repaître de ce ciel étoilé qui pour une fois n’est pas encadré par une fenêtre ni limité par un ou deux immeubles, contempler les reflets de la lune sur l’eau ; et puis la mer, ce n’est pas comme un étang, la surface est en perpétuel mouvement, il y a les vagues, les vaguelettes, le ressac, que sais-je encore, et tout cela joue avec la lumière de la lune en reflets luisants et changeants. Il m’est impossible de dormir et puis il y a les odeurs, pas forcément plus fortes la nuit, mais allez savoir pourquoi le fait de ne pas avoir l’esprit happé par mille autres choses les rend plus perceptibles, incroyable, non ? Et puis la brise qui glisse sur le visage, comme un chatouillis du créateur, quel bonheur. Je ne vous ai pas parlé encore des bruits, ce bruit caractéristique de l’océan, qui va et vient, le fracas de la vague sur quelque rocher au loin, ou bien le murmure de la vague plus modeste que j’entends à peine mourir sur la plage, j’imagine la frange d’écume qu’elle laisse en mourant, qui finira en petites bulles qui éclatent sur le sable. Je ne peux toujours pas dormir, tout est bonheur et émerveillement autour de moi.

Et puis la fatigue arrive, tout de même, j’étais assise dans le duvet pour ne pas perdre une goutte de ce spectacle, je décide de m’allonger, mais je garderai tout de même les yeux ouverts pour voir les étoiles. Je ne suis pas bien rincée, ça me gratte de partout, je peste, et puis je commence à avoir de plus en plus sommeil. Encore un compromis à ma nuit de contemplation : je me mets dans ma position habituelle sur le côté en chien de fusil dans mon igloo ; flûte, je ne vois plus rien d’intéressant, ni la mer ni le ciel, que le sable. Alors je ressors, je tourne tout mon couchage de quatre-vingt dix degrés, me voilà parallèle à la plage, je me réinstalle en reformant mon igloo, je peux encore voir la mer, et même la danse des reflets de la lune ; et puis j’ai trop sommeil, alors je condescends à fermer les yeux ;il me reste encore l’air frais sur le visage, j’adore cette sensation quand le reste du corps est bien au chaud. Ouh là, j’entends un moustique, je ferme un peu plus l’ouverture de mon igloo, je ne laisse qu’un minuscule espace pour pouvoir respirer, et puis finalement jem’endors.

Au matin, il fait froid, le dessus des couettes est humide, poisseux, j’ai envie de faire pipi, mais j’ai pas le courage de quitter la chaleur du duvet ; comme j’ai bougé dans mon sommeil, j’ai dû entr'ouvir mon igloo sur le matin et ces garces de femelles moustiques se sont jetées sur ce que je leur ai généreusement abandonné : un avant-bras, mes deux mains et ma joue gauche !!!

Ah si les nuits à la belle étoile pouvaient se terminer en matin dans un cinq étoiles !!!!



12/10/2013
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