Textes et Fleurs

Les trains

Consigne d'écriture : les lieux où on a dormi.

"Un homme qui dort tient autour de lui le fil des heures, l'ordre des
années et des mondes. Il les consulte d'emblée en s'éveillant et y lit
en une seconde le point de la terre qu'il occupe, le temps qui s'est
écoulé jusqu'à son réveil..." (Marcel Proust)
Ainsi, dans la Recherche du Temps Perdu, Proust décrit, à chaque étape
importante, une chambre différente : un inventaire des lieux où on a
dormi, c'est en quelque sorte une réflexion sur la mémoire elle-même,
sur ces lieux qui ont compté plus que d'autre.
Pérec, plus tard, se réclame de Proust quand il dresse un inventaire des
lieux où il a dormi dans "Espèces d'Espaces" :
"Mes chambres
Dortoirs et chambrées
Chambres amies
Chambres d'amis
Couchages de fortune (divan, moquette + coussins, tapis, chaise-longue,
etc)
Maisons de campagne
Villas de location
Chambres d'hotel : a, hotels miteux, garnis, meublés; b, palaces.
Conditions inhabituelles : nuits en train, en avion, en voiture ; nuits
sur un bateau ; nuits de garde ; nuits au poste de police ; nuits sous
la tente ; nuits d'hopital ; nuits blanches, etc.

Je vous propose, à votre tour, de dresser une liste des lieux où vous
avez dormi - environ une quinzaine, une vingtaine maximum - et d'en
choisir un qui servira de cadre à votre texte. Vous pourrez le décrire,
évoquer les souvenirs qui y sont liés, ou même l'utiliser comme lieu
principal d'un texte de fiction.

Inutile d'envoyer votre inventaire, n'envoyez que le texte final !

Voici mon texte que j'ai appelé "les trains"

Mon premier souvenir de train se passe pendant les vacances ; il y avait une voie ferrée au bout du jardin de ma cousine, à 10 mètres de la maison. A notre arrivée, je trouvais cela assourdissant, pourquoi ne déménagent-t-ils pas, comment supportent-ils cela ? Et puis peu à peu, je m'y suis habituée, comme ma cousine, je n'entendais plus les trains passer. Je n'avais pourtant que 7 ou 8 ans, mais je me rappelle avoir été étonnée de la vitesse à laquelle je m'étais habituée et surtout de la rapidité avec laquelle ce rugissement énorme, insupportable, avait pu faire partie de nos jeux et se glisser dans le décor.

Un train, une gare, les gares, les quais, et tous ces gens que l'on croise sur les quais, à la fenêtre de leur compartiment, pas encore partis, mais dans leur pensée déjà là-bas, loin. J'ai toujours eu l'impression qu'un peu comme à un aiguillage, il était possible dans une gare de changer de destin avec oui, vous, Monsieur, qui passez la tête par la fenêtre de votre compartiment en attendant le départ. Il est là, toute sa vie passée avec lui,dans ses bagages, sa vie future en germe quelque part dans sa tête, et puis je pense, si nous échangions, si je prenais son destin et lui le mien, qui le saurait dans ce lieu hors du temps, dans ce temps suspendu entre 2 épisodes de notre vie ?

Le train, les trains, je me rappelle la première fois que j'en ai pris un seule, j'avais environ 15 ans, c'était la première fois que j'étais seule loin de chez moi, que je croisais tant de gens inconnus en " terrain inconnu ". C'est là que m'est venue cette idée de changement de destin.

Chaque fois que je prends le train, que j'accroche le regard d'un voyageur dont le train démarre lentement, ou, quand mon train démarre lentement, que je croise le regard de telle personne qui attend sur le quai, je soutiens ce regard, il peut être direct, insistant, sans gêne et sans détour, on sait qu'on en se reverra plus, que chacun repart vers son destin ; pas de fausse pudeur, je soutiens ce regard, je peux laisser l'autre plonger dans mon âme avec impudeur, je peux laisser affleurer mes sentiments, je ne joue pas, je ne me compose pas un visage de semblant de bonheur comme j'ai si bien appris, je me laisse être moi.

Le train, une fois je l'ai pris pour un long trajet et sans retour cette fois, je rejoignais ce que je pensais être un avenir heureux. Je sais que mon regard était quasiment viril : oui, braves gens, c'est moi, Michèle, je suis heureuse, je vais retrouver l'homme de ma vie ... Je ne savais pas encore que ...

Et puis tous ces trains que je prends fréquemment maintenant pour telle ou telle réunion à Paris. Je continue à penser à ce petit quelque chose, cette petite étincelle, ce petit coup de baguette magique qui me permettrait d'échanger mon destin.

Les trains ...



08/01/2008
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